Archives de Tag: mise en scène

La notion de performance

La performance est une sorte de mise en scène de l’artiste et de l’accomplissement de son œuvre. Elle s’effectue en présence d’un public. On pense par exemple aux Anthropométries de Klein en 1960, durant lesquelles le corps était utilisé comme pinceau: des femmes s’enduisaient de peinture bleue IKB et se jetaient sur la toile. La performance induit la notion de théâtralité, à travers  donc, une mise en scène plus ou moins préparée.

Quelques pistes de réflexion sur la notion de performance :

http://www.john-libbey-eurotext.fr/e-docs/00/04/0F/E4/vers_alt/VersionPDF.pdf

Sous le nom de body art ou « art corporel » se regroupaient, à partir des années 1960 et essentiellement pendant les années 1970, des comportements nouveaux qui rompaient de façon radicale avec les tendances artistiques traditionnelles. Au cours de happenings ou de « performances » collectives, participatives et provocantes, les artistes utilisèrent leur corps, dans des mises en scène de mutilation et de souffrance, comme medium ou support de leur action. L’idéologie de dénonciation des violences sociales, très présente au début, subît ensuite un certain désintérêt de la part d’artistes qui se tournèrent alors vers des performances individuelles, destinées aux médias modernes et témoignant davantage de l’expression d’une problématique personnelle.

http://joffrey.becker.free.fr/pdf/performance_rite_becker.pdf

Joffrey Becker, Doctorant en anthropologie sociale, « L’image réflexive du corps et la ritualité de la performance : la transformation ordinaire de l’artiste en objet », Séminaire Traditions Iconographiques et Mémoire Sociale – École des Hautes Études en Sciences Sociales – Musée du Quai Branly

http://www.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-corps-oeuvre/ENS-corps-oeuvre.htm

Un dossier thématique proposé par le Centre Pompidou sur la question très générale du corps dans les compositions artistiques contemporaines, une partie est bien sûr consacrée au body-art et à Gina Pane expliquant synthétiquement son œuvre, sa portée. Preuve aussi d’une corrélation, non-anodine, avec d’autres artistes comme Klein dans l’utilisation du corps.

http://www.archivesdelacritiquedart.org/files/artitudes/172-186.pdf

Un extrait de : MOKHTARI. Sylvie. “Avalanche-ARTitudes-“Interfunktionen” : 1968-1977.
Thèse de doctorat d’histoire de l’art, Université Rennes 2-Haute Bretagne, 2000, paru dans la revue ArTitudes de François Pluchart : un vécu de l’art lucide et « avide de dynamisme, de lyrisme et de pureté formelle »
La revue « arTitudes », créée par François Pluchart publie l’actualité de démarches artistiques comme la performance, l’art de l’action et l’art corporel. C’est avec Michel Journiac, Vito Acconci et Gina Pane que s’effectue le « passage au schéma corporel, au corps utilisé comme matériel artistique »  autour des années 1970. (F. Pluchart)

http://soutenableetsolidaire.blog.rhonealpesjob.com/public/Articles/MEMOIRE_M1.pdf

Ce document est un mémoire sur le body-art et la performance, l’auteur s’intéresse particulièrement au langage expressif du corps dans l’art. La dernière partie est par ailleurs consacrée à Gina Pane.

Publicités

L’action et ce qu’il en reste

Il convient cependant de noter que Gina Pane a toujours rejeté l’idée de théâtralisme, ce qui l’a amenée à réfuter le terme de « performance », pour celui  d’ « action ».

Après l’ « action », que reste-t-il de l’œuvre?

Les œuvres de Gina Pane ont été conservées sous différentes formes, et principalement grâce à la photographie. Françoise Masson fût la seule photographe de ses  actions. Ainsi, dès sa première performance, Pierres déplacées (1968), Gina Pane donnait déjà une grande place à la photographie. Pour Terre-artiste-ciel (1969), l’angle de prise de vue était primordial puisque l’artiste devait camper avec perfection au milieu d’une bande de terre égale à la bande de ciel. A la photographie s’ajoute la conservation de vidéos, qui permettaient non seulement à l’artiste d’enregistrer l’action en mouvement dans son intégralité, mais également les réactions de son public. Enfin, il reste les objets dont elle se servait lors de ses actions: outils, textiles, etc. et qu’elle laissait à la disposition des conservateurs. En contrôlant ainsi ces différents supports, Gina Pane a créé une œuvre complète, autour d’une scénographie précise et réfléchie, comme l’attestent les notes et dessins préparatoires, également conservés et présentés aux visiteurs lors d’expositions.

A ce propos, l’article de Julia Hountou, paru dans les Études photographiques le 8 novembre 2000, est très intéressant:

http://etudesphotographiques.revues.org/index229.html

Docteur en histoire de l’art, Julia Hountou a consacré de nombreux articles à Gina Pane et à la performance. Dans ce texte, elle s’intéresse à la méthode photographique de l’artiste, en interrogeant notamment la valeur des constats photographiques de ses actions.

Nous mettons aussi à votre disposition le dossier de presse de l’exposition « Terre-Artiste-Ciel », qui s’est déroulée du 16 février au 16 mai 2005 au Centre Pompidou:

http://www.centrepompidou.fr/pompidou/Communication.nsf/Docs/IDA0F2C2CC5A95237AC1256FA3004ED5ED/$File/1%20DP%20Gina%20Pane.pdf

Quelle place pour le public?

Les « constats d’actions » nous permettent donc aujourd’hui d’exposer les œuvres de l’artiste, mais il ne faut pas oublier que le public, présent lors de ces actions, tenait une place non négligeable dans le travail de l’artiste et le déroulement de son action. Lors d’actions violentes, d’auto-mutilation, Gina Pane cherchait à le mettre mal à l’aise, elle faisait appel à ses limites. La passivité habituelle du spectateur devant l’art, était désormais mise à mal. Le spectateur participait parfois de façon involontaire à la mise en scène: en 1973, lors de l’action Autoportrait(s), Gina Pane demandait à sa camerawoman de filmer les femmes du public, et les femmes seulement, afin de les impliquer dans le message à connotation féministe délivré par l’œuvre. Les visages filmés apparaissaient ensuite sur un écran qui faisait face au public : ces femmes étaient mises face à elles-mêmes dans le but de leur faire prendre conscience de leur importance dans la société.

Julia Hountou propose une analyse d’Autoportrait(s) sur le blog « elles@centrepompidou.fr »: http://elles.centrepompidou.fr/blog/?p=25